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Nouvel obs 14 novembre 2011, Nouvel Obs, "Marchés trop forts ou classe politique trop faible ? Jean-Claude Trichet à Matignon ?"

Septième article de Sylvie Goulard visant à "décrypter" les enjeux de la campagne présidentielle.

 

La crise de la zone euro met les démocraties européennes à l’épreuve. En Grèce, Lucas Papademos, ancien Vice-Président de la Banque centrale européenne, en Italie, Mario Monti, ancien commissaire européen, sont appelés au pouvoir. Ils ont été choisis pour leur compétence et leur crédibilité européenne, sans être élus. Les raccourcis entre des Etats placés dans des situations différentes sont à éviter. Toutefois, il n’est pas inutile de réfléchir à ce que nous pourrions faire en France si le pays entrait à son tour dans l’œil du cyclone. En effet, la situation pourrait fort bien se dégrader avant l’élection présidentielle du printemps prochain. Comment la Vème République résisterait-elle à un « stress test » violent? Depuis le début de la crise financière aux Etats-Unis en 2008, le Président de la République est monté lui-même en première ligne avec le dynamisme et la réactivité que chacun lui connaît. Il a personnellement participé, avec la Chancelière allemande, à la négociation des « plans de sauvetage » successifs, courant à Berlin, à Francfort, sans ménager sa peine. Mais la contagion progresse. Si la situation devenait plus dramatique encore, Mme Merkel retournerait devant le Bundestag pour obtenir un nouveau mandat. Notre Président déciderait-il seul du changement de cap?

 

Tel est l’esprit de nos institutions mais, dans une telle situation, le défi serait de convaincre les tiers. Or la crédibilité internationale ne se décrète pas. Sans doute le Parlement voterait-il la défiance à l’encontre de François Fillon promu pour l’occasion fusible idéal. Le Président aurait alors la possibilité de nommer à Matignon un « technicien » jouissant d’une forte considération, tel que Jean-Claude Trichet par exemple. Mais les investisseurs étrangers ne seraient pas forcément dupes car, par définition, le Président serait toujours aux commandes ; l’arrivée d’une telle personnalité ne ferait disparaître ni les doutes sur la manière dont la crise a été gérée jusqu’à présent, ni les limites de quatre années de politiques économique, budgétaire et fiscale insuffisantes. Et qui parlerait au Conseil européen ? Le Président ou le nouveau Premier ministre ?

 

Une chose est sûre : le Président de la République française ne disposerait pas du recul dont a pu se prévaloir Giorgio Napolitano. Le Président de la République italienne a pu gérer la transition de main de maître non seulement parce qu’il a fait preuve d’une finesse exceptionnelle mais aussi parce qu’il n’avait pas été mêlé à la gestion du gouvernement Berlusconi. Aucune figure équivalente n’existe en France. Au contraire, pour les cas d’urgence, la Constitution ne prévoit, dans son article 16, qu’une concentration accrue des pouvoirs dans les mains du chef de l’Etat. Cette personnalisation autour du chef ne répond pas aux enjeux de notre temps : ouvrir un débat courageux sur l’avenir de l’Europe, rassembler les Français afin de donner au monde extérieur des gages de cohésion nationale.

 

Peut-être arriverons-nous à éviter le pire avant l’échéance électorale de 2012. C’est souhaitable pour notre pays. Mais cet espoir ne devrait pas nous exonérer d’une interrogation plus profonde : comment en sommes-nous arrivés à ce qu’en Europe, des gouvernements élus doivent céder la place à des experts ? Certains diront, une fois encore, que « l’Europe » n’est pas démocratique. Mais le problème, en l’occurrence, est plutôt venu du niveau national. Il est ridicule de prétendre que des hordes de techniciens, tapis dans l’ombre, ne songent qu’à prendre la place des gouvernants. Le phénomène se produit plutôt parce que, dans la plupart des pays, la classe politique n’a pas été à la hauteur. Ainsi M.Papademos et M.Monti n’ont pas fait un putsch. On a été les chercher parce que ceux-là même qui gaussaient la technocratie et dédaignaient l’Europe se sont trouvés dépassés.

 

L’incompétence en matière économique et financière, l’absence de conscience des interdépendances européennes et mondiales voire, pour certains, le manque de courage sont encore considérés, dans trop de milieux politiques européens comme des péchés véniels. C’est cette illusion qui vient de s’évanouir en Italie et en Grèce. La situation n’est pas très différente chez nous, si nous sommes un peu honnêtes avec nous-mêmes. Ceux que cette révélation dérange diabolisent aussitôt « les marchés ». Mais le monde financier n’a fait que donner le coup de grâce à des systèmes politiques vermoulus, incapables de donner un avenir aux peuples dont ils prétendent avoir la charge. La démocratie ne peut plus consister à acheter des clientèles et à distribuer des sucres d’orge, sans aucune considération pour la compétitivité et le niveau de performance réel d’un pays. Il serait consternant pour la démocratie que les mesures impopulaires mais nécessaires ne puissent venir que de personnalités externes à la vie politique. A la politique de reprendre ses droits et… de regarder en face ses devoirs.

 

Après 60 ans d’intégration européenne et à l’heure e la globalisation, peut-être serait-il temps de jeter un œil plus critique sur les profils de nos politiques et le fonctionnement de nos partis. Peut-être serait-il temps qu’ils trouvent un juste équilibre entre l’expérience locale et la crédibilité globale, entre les effets de manche du « volontarisme politique » et la prise en compte des réalités globales, entre la défense légitime de la langue française et l’incapacité consternante à s’exprimer dans les cercles internationaux. Bref, entre l’esbroufe et la politique, au sens noble du terme. Comme l’a dit Mario Monti « il y a un énorme travail devant nous ». Pas seulement en Italie.

 

 
 

Agenda

6 juin 2012, Natixis, participation à une conférence dédiée à la relation entre les banques centrales et les institutions européennes.

 

Plus de détails; Tout l’agenda.

Correspondants locaux

ADLE/ALDE



MoDem

Du nouveau

Nouvel obs 16 mai, 2012, Nouvel Obs, "Hollande - Merkel : pourquoi la France n'est pas en position de force en Europe" Vingt-septième contribution de Sylvie Goulard. Mieux comprendre les différences de vision françaises et allemande permettre une meilleure coopération entre Hollande et Merkel pour définir le projet européen et mener les réformes nécessaires. Lire.

 

Le Monde15 mai 2012, Ouest France, "Tourner la page de Merkozy", interview de Sylvie Goulard. Lire.

 

BFM 9 mai 2012, BFM Business, Sylvie Goulard est l'invitée de Stéphane Soumier sur Good Morning Business. Voir.

 

Le Monde10 mai 2012, Le Monde, "Urgente démocratisation des institutions", tribune de Sylvie Goulard qui montre que l'Europe, enceinte d'une Union politique, hésite entre le "déni de grossesse" et la "délivrance". Elle remet les efforts de François Hollande dans une perspective européenne. Lire.

 

La Croix 7 mai 2012, Debating Europe, Have the French and Greek elections broken the consensus for austerity ?, jeu de questions (internautes)/réponses(Sylvie Goulard) sur la gouvernance économique de la zone euro. Lire en anglais.

 

La Croix 7 mai 2012, Le Pélerin, "M. le Président, restaurez l’esprit européen", message de Sylvie Goulard adressé au nouveau président de la République qui doit "restaurer un bon esprit" européen à Bruxelles. Lire.

 

4 mai 2012, L’Europe, le « post-it » sur le frigo ? Réflexions de Sylvie Goulard suite au débat présidentiel du 3 mai. Lire.

 

4 mai 2012, IPSI (Istituto per gli studi di politica internazionale), "Sarkozy, Hollande and the end of "Merkozy". Lire en anglais.

 

Libération 3 mai 2012, Libération, "La Force de la France, c'est son ouverture". Tribune de Sylvie Goulard en réponse à certains discours de campagne qui privilégient les intérêts de court terme sur la tradition européenne et universelle qui a fait la grandeur de notre pays. Lire.

 

La Croix

3 mai 2012, La Croix, "Le couple italo-allemand peut-il remplacer le couple franco-allemand en Europe ?" Interview de Sylvie Goulard qui observe une forte convergence d'Angela Merkel et de Mario Monti en matière de gouvernance économique européenne. Lire.

 

3 maggio 2012, La Francia (e l'Europa) che verrã

Francia diretta Domenica prossima gli elettori francesi si recheranno alle urne per decidere se continuare ad affidare la presidenza a Nicolas Sarkozy o incaricare il candidato socialista François Hollande. Suite.

 

Nouvel obs 30 avril, Nouvel Obs, "Nicolas Sarkozy ou l'escroquerie des frontières", Vingt-sixième contribution de Sylvie Goulard qui souligne le danger de la vision étroite et nationaliste de Nicolas Sarkozy dans une époque mondiale, laquelle nécessite des réponses européennes et mondiales aux problèmes transfrontaliers. Lire.

 

Nouvel obs 24 avril, Nouvel Obs, "Sarkozy ou Hollande peuvent-ils réconcilier les Français avec l'Europe ?" Vingt-cinquième contribution de Sylvie Goulard qui expose la tâche urgente du prochain Président de la République : assainir les finances publiques, restaurer la compétitivité nationale tout en permettant à l'Europe de renouer avec ses objectifs initiaux de prospérité, d'emploi et de bien être des populations. Lire.

 

16 avril, Das Parlament, Interview de Sylvie Goulard sur les élections présidentielles. Lire en allemand.

 

Financial times 19 avril, Financial Times, "France must set aside the spirit of Asterix." Article de Sylvie Goulard. Lire.

 

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